L'Agefi, vendredi, 08.03.2013
Yvan Maillard Ardenti*
Le 28 février 2013, Addax Bioenergy a annoncé avoir reçu la
certification RSB (Roundtable for Sustainable Biofuels) de l’EPFL pour
des agrocarburants soi-disant «durables». Addax a son siège à Genève et
loue 10.000 hectares de terres au Sierra Leone pour produire de la canne
à sucre transformée en éthanol. Cet éthanol ne peut en aucun cas être
considéré comme «durable» car la certification RSB présente de
nombreuses lacunes.
La principale faiblesse de RSB réside dans le
fait qu’elle prend uniquement en considération les gaz à effet de serre
pour évaluer si un biocarburant est moins nocif que le pétrole. Les
autres éléments, indispensables pour cette mesure, tel que l’utilisation
de l’eau, les déchets, la pollution de l’air et des sols ne sont pas
pris en compte pour la comparaison. Si ces éléments avaient été pris en
compte comme il se doit, RSB devrait constater que l’éthanol est au
minimum 30% plus nocif que le pétrole, ce qui explique pourquoi il ne
serait pas exempté de la taxe minérale sur le pétrole appliquée par la
Suisse, dont les critères sont plus stricts que ceux de la RSB.
Le
projet d’Addax est complexe et comprend un important impact social,
notamment sur la sécurité alimentaire. Mais aucun expert des questions
sociales ne faisait partie de l’équipe d’audit de la RSB qui n’a enquêté
que durant six jours. Des éléments capitaux sur la sécurité alimentaire
ont ainsi échappé aux auditeurs: les ONG locales mettent en garde
depuis plusieurs années sur les disfonctionnements du programme d’Addax
visant à atténuer l’impact sur la sécurité alimentaire des populations
locales: les récoltes furent faibles dans une des trois chefferies, ceci
à cause de la préparation tardive des terrains, des sols peu fertiles
et/ou de semences inadéquates. La production n’a pas permis de garantir
la sécurité alimentaire de cette chefferie. Ceci est en totale
contradiction avec les critères d’évaluation «de l’impact potentiel sur
la sécurité alimentaire» du RSB.
Plus alarmant, le fait que la RSB
n’analyse pas l’impact cumulatif des grands projets agro-industriels
pour l’exportation au Sierra Leone, pays qui n’a pas d’auto-suffisance
alimentaire et où le taux de malnutrition est supérieur à 30%. En effet,
on compte de nombreux projets agro-industriels en cours au Sierra Leone
occupant plus de 20% de la surface arable du pays. Mais la RSB ne fait
état d’aucune évaluation de l’impact cumulatif du projet d’Addax et des
autres projets similaires sur la sécurité alimentaire, la disponibilité
en eau et les forêts.
Lorsque l’on sait que la RSB compte parmi
ses membres de nombreuses entreprises multinationales comme Shell,
Boeing ou Airbus et un nombre restreint d’ONG, qui ont une portée
surtout locale, on comprend que cette institution est guidée par les
intérêts économiques. En délivrant des certificats qui dupent le public,
la RSB contribue à compromettre la sécurité alimentaire des communautés
affectées en Afrique. De plus, ces agrocarburants entrent en
concurrence avec la production de denrées alimentaires dont ils font
augmenter les prix, tant au niveau local et qu’international. Avec pour
conséquence des millions de personnes qui souffrent de la faim.
* Pain pour le Prochain.
Texte original